Oct 9th

Cause profonde de notre douleur morale et physique, la perte est un écueil de l’existence que nous aurons tous à affronter. Y résister nous fait souffrir davantage, l’accepter nous libère.

 

 

« Ce à quoi on résiste persiste …

Qu’il s’agisse d’un être cher, d’assister, impuissant, à la brutalité sauvage de l’ouragan emportant notre maison, d’être mis sur le banc de touche après 30 ans de service dévoué à sa boite, ou encore de l’annonce de cette maladie grave qui nous terrasse et nous force à renoncer radicalement à notre pleine santé, la perte est une faille de l’existence, dont on ne peut renier la grande difficulté. Pourtant, les manières de réagir  à ce qui nous fauche en plein vol peuvent être bien différentes d’un individu à l’autre. Nous sommes évidemment tous parcourus d’émotions mêlées, sourdes ou tapageuses, qui nous relient à la vérité profonde de notre humanité vulnérable et sensible,  mais nos façons de gérer le pénible ne sont pas univoques.

Kristin Neff, psychologue et chercheur à l’Université du Texas à Austin, établit l’équation : « souffrance = douleur x résistance. » Autrement dit, plus nous refusons, plus nous luttons contre cette catastrophe qui nous est tombée dessus, plus nous encourons une souffrance aigüe. L’apaisement est dans le sacro-saint lâcher-prise, l’acceptation totale et pleine de l’expérience du moment comme faisant partie d’un vécu intransgressible. Autant donc, du mieux qu’on peut, se confronter à ce qui est.

 

« … ce qu’on enlace s’efface »

 

Accepter que cela puisse être ainsi, en ce moment, apparaît pour certains comme une abdication, une défaite, cela revient à mettre un genou à terre. Denise Desjardins, psychothérapeute et femme de lettres, distinguait résignation et acceptation : « La résignation, c’est quand on pense que je suis obligé de supporter cette situation, mais elle me rend malheureux. Derrière la résignation, il y a un « non » intérieur camouflé, une façon de se positionner en victime. Alors qu’accepter, c’est consentir sereinement à un état des choses contre lequel on ne peut rien. Il s’agit de dire « oui » à ce qui ne peut être changé parce que cela fait partie du jeu de l’existence ; et dans un second temps, de changer ce qui peut l’être. » Pas question donc de rester sidéré au pied de ses ruines, l’acceptation n’est pas dans le renoncement à l’action mais dans la mise en œuvre de l’action juste.  Accepter est irrévocablement associé aux principes de l’impermanence et de l’imperfection. Rien ne dure vraiment. Pas même ces moments désagréables, tôt ou tard, ils prendront fin. En Bretagne, on vit ses journées en regardant le ciel. « Ca va se lever », dira tout bon breton.  Il n’y a rien de plus beau et de plus tendre pour soi-même que de se dire, au cœur de son cyclone intérieur, malgré vents et tempêtes, « oh, mais quoi qu’il en soit, ça va se lever ! » Tout cela passera, aussi. Parce qu’il y aura retour à une vie plus douce. En tout cas, cette douleur cessera, c’est un espoir immense.

 

Gloire de l’imparfait

 

Faire le constat de l’imperfection revient à approuver  que la vie n’est pas immuable. Et qu’en plus, elle peut apparaître à certains comme « mal fichue », puisque temporelle. Porter cette ultime vérité à la conscience permet de sortir de l’illusion infantile de l’éternité. Ce n’est pas parfait et ce n’est pas immobile. Notre besoin de tout contrôler (souvent un schéma de fonctionnement émanant de nos expériences acquises dans l’enfance) se confond à notre ombre : nous sommes fondamentalement impuissants face à l’inéluctable -la mort-, malgré nos preux efforts pour la terrasser.

Le Zen fait référence au wabi-sabi, nous invitant à reconnaître et à ressentir la beauté de ce qui est imparfait, éphémère et modeste. Voilà bien un incroyable moteur vers l’évolution : sentir le parfait dans l’imperfection … se sentir parfait dans son imperfection.

 

« N’aie pas peur de faire face à ta difficulté. Tourne-toi vers elle. Penche-toi dans le vent et tiens bon. » Jack Kornfield

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