Oct 9th

Sommes-nous à ce point programmés pour réussir que reconnaître ses échecs se déguise en faiblesse ? existe-t-il une case « arrivée »,  comme pour les jeux de société, qui permettrait de compter nos gloires et de passer à la trappe les défaites ?

 

« Vita » ferrata

 

La vie est une sorte de passage délicat. Avec ses moments de plats, de faux plat, puis de sentes escarpées, nous avançons, nous trébuchons, nous nous relevons. Nous allons de rebonds en rebonds. Mais vers quelle destination ? Y a-t-il un moment où nous pouvons nous dire, comblés, rassasiés, « voilà, je suis arrivé » ? Et où, d’abord ? Peut-être à la porte de l’ultime moment, à l’heure des comptes et des bilans de fin de vie, pourrons-nous tourner un regard amène vers notre existence et lui reconnaître, dans sa vérité crue, tant le charme de nos erreurs d’antan que la jubilation de nos succès. Avant d’être sage, probablement nous rechignerons longtemps encore à accepter ce que nous identifions comme un échec. Et même si « faute avouée à demi pardonnée », constater ce qui a cloché pour nous relève d’un examen de conscience dont on fait souvent l’économie. Et la plupart du temps, en raison de la peur du jugement. Son propre jugement, celui qui nous fait dire qu’on est « nul(le) », ou « pas à la hauteur ». Mais aussi et surtout, subordonnés que nous sommes à la terreur du jugement de l’autre.

 

« Aïe, mes aïeux ! » **

 

Cet autre-là se rencontre, la plupart du temps, au plus près de soi. Dans la famille. Ce que nous considérons comme étant un bon parcours ou un mauvais est déterminé par l’histoire familiale. En ligne directe, nos parents, l’éducation que nous avons reçue d’eux, la loyauté voire la redevabilité ressentie pour eux, font peser sur nos épaules le poids de l’excellence : « tu seras médecin comme ton père ». Or, si la vue de l’hémoglobine vous fait tourner de l’œil, vous aurez tôt fait de vous croire en échec. Nos modèles d’identification, les pressions de notre milieu social, les succès et faillites de nos aïeux, leurs angoisses, leur héroïsme conditionnent nos choix. Nous passons au crible nos expériences, plus ou moins consciemment, afin d’estimer si nous nous sommes montrés dignes de la tradition familiale. Un échec est le moyen approprié pour se rendre compte de cette influence et pour agir selon ses propres critères de réussite.

 

Les erreurs d’hier pour des succès aujourd’hui

 

* En septembre 2015, Leanne Ten Brinke (Université de Berkeley) et Gabrielle Adam (London Business School) ont publié, dans une revue de sociologie des organisations, une étude sur l’impact du mea culpa des dirigeants sur le cours de la bourse de leur société. Elles ont analysé seconde par seconde le visage de dirigeants filmés entre 2007 et 2011 alors qu’ils faisaient leur mea culpa public. Le constat est sans appel : le cours de la bourse chute lorsque la personne s’excuse en souriant, car son repentir semble alors manquer de sincérité.

Les yeux dans les yeux, avec authenticité et humilité, reconnaître ses bévues est preuve de courage et de maturité. Vous donnerez ainsi un visage plus humain de vous. Chaque erreur, chaque échec, s’ils sont compris comme un apprentissage et acceptés, vous permettront de développer une plus grande tolérance à la frustration. Et pour entretenir sa forme, questionner son « miroir, miroir » et le laisser révéler des vérités invisibles, vous rendra bien plus libre et heureux. La vie n’a pas besoin d’être parfaite.

 

 

« Si haut qu’il peut grimper un chemin qui monte n’est rien d’autre qu’un chemin qui descend en sens inverse, et réciproquement. » Pierre Dac

 

 

Infos/biblio :

* Sources : www.capital.fr, janvier 17

** « Aïe, mes aïeux ! » d’Anne Ancelin Schützenberger-Ed. Desclée de Brouwer

 

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