Juil 16th

Un merveilleux malheur

A l’origine, le terme « résilience » est utilisé dans l’industrie pour expliquer la résistance aux chocs des matériaux. En psychologie, il s’agit d’une capacité que nous avons de rebondir face aux épreuves de la vie. Or pour certains, les coups durs de l’existence sont vécus comme des chocs insurmontables alors que pour d’autres, il ne s’agira que de simples péripéties.

Fonte des neurones par manque affectif

    • Entre 1939 et 1945, deux psychologues américaines, Werner et Smith, travaillent à Hawaï avec des enfants à risque psychopathologique. Contraintes de stopper leurs recherches faute de budget, elles reviennent à Hawaï 30 ans plus tard et observent que 72% des enfants suivis étaient devenus délinquants ou souffraient de psychopathologies lourdes et que 28% d’entre eux s’étaient adaptés à la vie comme les autres. Si les 72% étaient prévisibles, les 28% de personnes tout-à-fait adaptées n’avaient pas été envisagés. En France, c’est le neuropsychiatre et éthologue Boris Cyrulnik qui développe le concept de « résilience » à partir de l’observation de survivants de camps de concentration puis, notamment, d’enfants d’orphelinats roumains. Ces enfants, abandonnés de tous et ne recevant quasiment aucun soin, présentaient une atrophie des deux lobes cérébraux préfrontaux. Alors que les médecins roumains disaient que ces enfants avaient été abandonnés parce qu’ils étaient des monstres irrécupérables, Boris Cyrulnik a soutenu que leur cerveau avait été altéré parce qu’ils avaient été abandonnés. Lorsque ces enfants ont été placés dans des familles d’accueil, notamment en France, les scanners de contrôle, au bout d’une année, ont démontré qu’il n’y avait plus d’atrophie.

Un petit pas de côté

    • L’éthymologie latine de « résilience » signifie « ressauter ». « Non pas ressauter à la même place, comme si rien ne s’était passé, mais ressauter un petit peu à côté pour continuer d’avancer », explique Boris Cyrulnik. Résilier un engagement signifie ne plus être prisonnier d’un passé, se dégager d’une situation enfermante. Cela n’a rien à voir avec une prétendue invulnérabilité ou une qualité supérieure présente chez certains et pas chez d’autres, mais avec la capacité de reprendre une vie humaine malgré la blessure. Se sortir d’une blessure ne voulant pas dire qu’on n’a pas souffert, ou que cela n’a pas coûté, mais qu’il y a eu des issues possibles : sociales, intellectuelles,
      créatives, affectives, etc. Une sorte de force intérieure qui pousse un être vivant à mettre ses ressources au service de sa survie.

Tout n’est donc pas perdu ?

    • La mise en place de facteurs de résilience commence pour l’enfant dans l’attachement. Un enfant, dont la mère est dépressive, s’attache à elle et à son malheur selon un mode particulier qui peut devenir une geôle affective. S’il n’y a pas de système de poly-attachement autour de l’enfant –le père, un autre homme, une institution, …, présents au quotidien- « celui-ci devient un récipient passif et, quand un attachement s’effondre (la mère dans cet exemple), il n’y a plus de substitut possible pour pouvoir continuer son développement malgré sa blessure », précise Cyrulik. Il est également nécessaire que l’enfant intégre que les catastrophes et les épreuves font partie de la vie, qu’il ne soit pas mis à l’abri de tout, car il se retrouverait sans mécanisme de protection ni moyen d’adaptation au premier orage venu. Les études sur la résilience ont permis de découvrir un aspect important de la récupération après un traumatisme : la reconstruction de l’estime de soi. Les personnes qui se sortent le mieux d’une épreuve difficile sont celles qui ont regagné l’estime d’ellemême en réussissant quelque chose dont elles peuvent être fières.
    • L’histoire de la perle d’huître pourrait être l’emblème de l’oxymoron « un merveilleux malheur » de Boris Cyrulnik : « quand un grain de sable pénètre dans une huître et l’agresse au point que, pour s’en défendre, elle doit sécréter la nacre arrondie, cette réaction de défense donne un bijou dur, brillant et précieux. »

Biblio

  • Boris Cyrulnik, « les vilains petits canards »

 

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